« Que vaut la parole d’un écrivain à l’instant où un sujet s’impose à lui ? »

 

Il y a des livres qu’on attend avec impatience, avec qui on a rendez-vous…Moi ça fait maintenant 3 ans que je l’attendais…Je savais que cela allait être un grand moment et je ne me suis pas trompée. Le flair du libraire ! Toujours lui … 

« Mais comment peux-tu savoir ? Tu ne l’as pas encore lu, tu ne vas peut-être pas aimer ou pire être déçue par l’écriture » J’ai balayé ces phrases légitimes car je savais au fond de moi que ce n’était pas possible. C’est comme certaines choses, tu le sais et le ressens dès le départ. C’est profond… Je savais à l’avance que la lecture allait être intense, importante.

Quand on aime l’écriture d’un auteur, qu’on s’intéresse à son travail, qu’on le soutient et qu’on porte ses livres, c’est toujours un pur bonheur de le retrouver surtout pour une rentrée littéraire

J’attendais donc ce livre, qui comme à chaque fois que je suis impatiente, a mis du temps à arriver ! Quand je l’ai eu entre les mains, il paraît que j’ai le visage qui s’est illuminé comme si j’avais reçu le cadeau de ma vie (dixit un auteur qui était à mes côtés). Je tenais enfin le livre que j’attendais tant. J’ai ouvert délicatement l’enveloppe et quand je l’ai vraiment tenu dans mes mains, j’ai juste dit aux auteurs qui étaient avec moi à ce moment là :  « Le voilà le livre de la rentrée, mon Graal ! ». Puis mon reflexe a été de le serrer contre moi. La rencontre avait eu lieu…

J’ai surnommé ce livre mon « Graal » avant sa lecture. Aujourd’hui, je peux confirmer mes propos, mon flair, mon ressenti, son surnom ! « L’insouciance » de Karine Tuil est un grand livre. J’avais déjà pris une « claque » avec son précédent mais là c’est au-delà. Avec ce dixième livre, Karine Tuil installe définitivement son style, son écriture, son œuvre… qui grandit de livre en livre.

Ce livre est époustouflant et je pèse mes mots. Dès la première phrase du premier chapitre, le ton est donné. On rentre dans une zone de turbulence, ça secoue, ça va vite, on se retrouve sous tension parfois en apnée, c’est violent mais l’écriture remarquable nous transporte tellement qu’elle « apaise », nous réconforte et c’est un pur bonheur !

Ici, il est question d’engagement, d’épreuves, d’assignation identitaire, de problèmes sociaux, de racisme, de calomnie, de guerre politique, de terrorisme, de religion, de passion, d’aliénation, d’amour, de renoncement, de rapports de force, d’acceptation, de reconstruction et d’insouciance …L’analyse est profonde et brillante. La construction est intelligente et l’histoire passionnante et tellement actuelle. Un grand livre ! 

Je ne suis pas ressortie indemne de ma lecture qui a été très intense parfois physique. J’ai presque mis une semaine pour le lire. J’avais besoin de prendre mon temps avec ce livre…

La lecture c’est comme un rapport de police. Tous les détails comptent :

 J’ai aimé le fond, l’audace, le style, la puissance des mots, l’analyse fine de notre société et de notre monde. La maîtrise des sujets, les références utilisées. Ce livre m’a bousculé, m’a touché, m’a interpellé, m’a parlé.

J’ai pris pas mal de notes et retenu des phrases dont :

« J’écris parce que la vie est incompréhensible « 

« Jusqu’à quel point peut-on se protéger et protéger les autres »

« J’ai toujours cru aux vertus consolatrices de la lecture ».

J’avoue que lorsque je suis arrivée à la page 500 (le livre en compte 524) je me suis sentie un peu fébrile, c’était la confusion des sentiments : heureuse de connaître la fin de l’histoire mais triste à la fois de terminer ma lecture et de quitter cette écriture confort…

J’ai refermé le livre. J’ai regardé la couverture et je me suis même surprise à dire à haute voix « Oh putain quel livre ! ». Ce qui a réveillé Ghost !

J’avoue aussi que j’ai éprouvé le besoin de respirer et surtout d’en parler et de le partager. Passeur un jour, passeur toujours ! Et après grand besoin d’un sas de décompression ! J’ai évidement fait une lecture « bis » qui a eu une autre dimension …

 

En France, nous avons la chance d’avoir de grands auteurs, Karine Tuil est pour moi une des meilleures à l’heure actuelle. Il faut les soutenir.  Un grand merci Karine d’avoir écrit ce livre, un livre que j’avais envie de lire … Avec toute mon amitié et mon soutien.

Je vous conseille vivement de courir chez votre libraire dès le 18 août et (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait) de lire les livres de Karine Tuil .

 

 

« L’insouciance » est mon grand coup de cœur pour cette rentrée. Lu, relu plus qu’aimé et adoré. Un livre sous la haute protection du Chevalier libraire !

 

 

« L’insouciance » - Karine Tuil - Sortie le 18 août 2016 aux éditions Gallimard.